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Ici c'est Louise qui écrit : des étés passés à lire des minutes de procès aux archives départementales, par curiosité d'abord, puis par entêtement.

Les procès de sorcellerie, dossier par dossier

Les grandes chasses ne sont pas médiévales : elles se concentrent entre 1560 et 1630, le siècle de Montaigne et de Galilée. Les historiens qui ont dépouillé les registres judiciaires européens comptent entre 40 000 et 60 000 exécutions, et non les neuf millions qu'on lit encore. Chaque article part de la source.

Le Sabbat des sorcières de Goya : le bouc noir au milieu d'une assemblée de villageois
Photo : Francisco Goya, Public domain

Trois choses qu'on lit partout, et que les archives démentent

« Les sorcières ont été brûlées au Moyen Âge. »

Le Moyen Âge central a tenu la sorcellerie nocturne pour une illusion. Le canon Episcopi, repris dans le droit canonique au Xe siècle, enjoignait aux prêtres d'enseigner que les femmes qui croyaient voler la nuit se trompaient. Ce sont les XVIe et XVIIe siècles qui ont jugé et brûlé, en pleine Renaissance. C'est la première chose que j'ai dû désapprendre en salle de lecture.

« C'étaient des guérisseuses, éliminées pour leur savoir. »

La thèse, popularisée dans les années 1970, a été testée sur les archives de plusieurs régions : les sages-femmes sont sous-représentées parmi les accusées, et certaines figurent parmi les témoins à charge, appelées comme expertes. Le profil réel est plus banal et plus triste — une femme âgée, isolée, pauvre, déjà en conflit avec ses voisins. La version romancée ne vaut pas le dossier réel, et elle dessert les victimes : une femme brûlée parce qu'un voisin lui reprochait une vache morte n'a pas besoin qu'on lui invente un savoir secret pour mériter qu'on la lise.

« Il y a eu neuf millions de victimes. »

Le chiffre vient d'une extrapolation faite en 1784 par un juriste allemand, Gottfried Christian Voigt, à partir du registre d'une seule ville. Repris tel quel au XIXe siècle, il a servi d'argument militant de part et d'autre. Le dépouillement des archives judiciaires donne 40 000 à 60 000 exécutions pour une centaine de milliers de procès. Je le relève encore dans des livres parus cette décennie.

Quatre dates qui situent presque tout le reste

  1. 1487 Publication du Malleus Maleficarum. Ce n'est pas un traité de théologie mais un manuel de procédure : sa troisième partie fournit aux juges de village leurs formulaires d'instruction.
  2. 1682 L'édit de Louis XIV requalifie l'affaire en « prétendue magie ». Il punit l'imposture et le sacrilège, plus le pacte — et sans pacte, le procès de sorcellerie n'a plus d'objet.
  3. 1782 Anna Göldi est décapitée à Glaris, dernier cas européen. Le canton la réhabilite en 2008, après une campagne menée par un journaliste local.
  4. 1951 L'abrogation du Witchcraft Act britannique de 1735 rend publiable ce que Gerald Gardner fait paraître trois ans plus tard : la wicca est une religion du XXe siècle, et cela se date.

Michelet ouvre en 1862, avec La Sorcière, le retournement qui fait de l'accusée une figure de révolte — un livre qui tient du poème plus que de l'histoire, et qui a façonné l'image pour un siècle et demi. Ce retournement est une bonne chose, et il ne vaut pas dispense de lire les dossiers. Sur ce qu'il faut penser des pratiques contemporaines, je m'en tiens aux dates et aux sources ; chacun en fera ce qu'il veut.

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Les chasses aux sorcières ont-elles eu lieu au Moyen Âge ?

Non, et c'est l'erreur la plus répandue sur le sujet. Les grandes chasses se concentrent entre 1560 et 1630 environ, c'est-à-dire à la Renaissance et au début de l'époque moderne — le siècle de Montaigne, de Galilée et des guerres de Religion. Le Moyen Âge central les a au contraire largement ignorées : le canon Episcopi, repris dans le droit canonique au Xe siècle, tenait le vol nocturne des femmes pour une illusion à ne pas croire.

Combien de personnes ont été exécutées ?

Les historiens qui ont dépouillé les archives judiciaires européennes situent le total entre 40 000 et 60 000 exécutions, pour une centaine de milliers de procès, sur l'ensemble de l'Europe et environ trois siècles. Le chiffre de neuf millions qui circule encore vient d'une estimation de 1784, extrapolée à partir d'un seul registre local, et reprise ensuite sans vérification pendant deux cents ans.

Les victimes étaient-elles toutes des femmes ?

Non, mais très majoritairement : environ 75 à 80 % selon les régions, avec de fortes variations. En Islande et en Estonie, les hommes forment au contraire la majorité des accusés. Le profil le plus courant en Europe de l'Ouest est celui d'une femme âgée, veuve ou isolée, de condition modeste, souvent déjà en conflit avec son voisinage.

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