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Le Malleus Maleficarum (1487) : ce que contient vraiment le manuel

Procès et chasses
Photo : Wellcome Collection, CC BY 4.0

Le Malleus Maleficarum — « Marteau des sorcières » — paraît à Spire en 1487. C’est le livre le plus cité du dossier, et probablement le plus mal connu : on en répète trois phrases et on en ignore la structure, qui est pourtant ce qui explique son effet.

Qui l’a écrit

L’auteur est Heinrich Kramer, dominicain alsacien, inquisiteur en Haute-Allemagne, latinisé en Institoris. Le nom de Jakob Sprenger figure sur de nombreuses éditions, mais sa participation réelle est aujourd’hui contestée : plusieurs travaux récents y voient une caution ajoutée pour donner du poids à l’ouvrage. Le détail compte, parce que Kramer n’était pas une autorité incontestée. En 1485, il avait mené à Innsbruck un procès qui s’est retourné contre lui : l’évêque Georg Golser a annulé la procédure, libéré les accusées et invité l’inquisiteur à quitter le diocèse, le jugeant sénile. Le Malleus est écrit dans les deux ans qui suivent cet échec.

Ce qu’il contient

Trois parties, et c’est la troisième qui a fait le travail. La première démontre que la sorcellerie existe et que la nier est une hérésie — manière de contourner le canon Episcopi, voir le vol des sorcières. La deuxième décrit les méfaits : maléfices sur les récoltes, les bêtes, la fécondité, ainsi que le pacte et la marque, détaillés dans le pacte diabolique. La troisième est un manuel de procédure : comment ouvrir l’instruction, interroger, recourir à la question, rédiger la sentence, et quoi faire quand l’accusée ne cède pas. Ce sont des formulaires, et c’est ce dont un juge de village avait besoin.

La misogynie du texte

Elle est explicite et argumentée, ce qui la rend documentaire. Kramer consacre un développement entier à expliquer pourquoi les femmes sont plus exposées : crédulité, humeur, appétit, faiblesse de foi. Il y fait jouer une étymologie fantaisiste de femina comme « moindre foi ». Ce passage a durablement orienté les procès vers les femmes, et il explique en partie les 75 à 80 % relevés dans la chronologie des chasses.

Ce que les sources disent. Le livre connaît une diffusion considérable — une trentaine d’éditions jusqu’au XVIIe siècle — et l’imprimerie, nouvelle, y est pour beaucoup. Mais son influence directe est discutée. La faculté de théologie de Cologne n’a approuvé le texte que partiellement, et l’approbation imprimée en tête de l’ouvrage a été jugée arrangée. Beaucoup de juges ont travaillé sans l’avoir lu, en s’appuyant sur des manuels postérieurs, dont le Daemonolatreia de Nicolas Remy (1595) ou les Disquisitiones magicae de Martín Del Río (1599). Le Malleus est le plus célèbre, pas forcément le plus utilisé.

Aujourd’hui. Le Malleus est en libre accès sur plusieurs bibliothèques numériques, et il circule aussi en éditions bon marché vendues comme curiosités. Il est régulièrement cité hors contexte pour soutenir des chiffres de victimes qu’il ne contient pas. Document essentiel et livre pénible : sa théologie ne vaut pas sa troisième partie, et c’est elle qu’il faut lire — c’est la procédure, pas la théologie, qui a tué.

À lire ensuite

Comment ces formulaires s’appliquaient dans une salle d’audience : le déroulement d’un procès. L’usage qui en a été fait sur un terrain précis : le Labourd en 1609. Et l’ensemble du dossier dans procès et chasses.

Ce qu’on me demande souvent

Qui a écrit le Malleus Maleficarum ?

Heinrich Kramer, dominicain alsacien et inquisiteur en Haute-Allemagne, publié en 1487. Le nom de Jakob Sprenger figure sur beaucoup d'éditions mais sa participation est aujourd'hui contestée : plusieurs travaux y voient une caution ajoutée. Kramer venait d'être désavoué à Innsbruck, où l'évêque avait annulé son procès et libéré les accusées.

Pourquoi le Malleus a-t-il eu autant d'influence ?

Surtout par sa troisième partie, qui est un manuel de procédure : comment ouvrir l'instruction, interroger, recourir à la question, rédiger la sentence. Ce sont des formulaires directement utilisables par un juge de village. L'imprimerie, alors récente, a fait le reste, avec une trentaine d'éditions jusqu'au XVIIe siècle.

Le Malleus a-t-il été approuvé par l'Église ?

Pas comme son édition le laisse entendre. La faculté de théologie de Cologne ne l'a approuvé que partiellement, et l'approbation imprimée en tête de l'ouvrage a été jugée arrangée. La bulle d'Innocent VIII de 1484 soutenait l'action de Kramer comme inquisiteur, pas son livre, qui paraît trois ans plus tard.

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