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La sorcière au cinéma : comment la silhouette a été figée

Contes et images
Photo : Ivan Bilibin, Public domain

La silhouette que tout le monde dessine quand on dit « sorcière » a moins de cent ans, et elle vient de trois films. C’est vérifiable image par image, et c’est un bon exercice : presque aucun de ses traits ne se trouve dans les gravures du XVIe siècle.

Häxan (1922)

Le film du danois Benjamin Christensen est le plus étrange du lot : un documentaire reconstitué, en sept parties, qui part des gravures et des traités de démonologie et met en scène sabbat, interrogatoires et question préparatoire. Il est remarquablement informé — Christensen avait lu le Malleus, voir le Malleus Maleficarum — et il propose déjà la thèse médicale : la possédée de 1500, dit-il, est l’hystérique de 1920. C’était audacieux, et c’est aujourd’hui discuté, mais le film ne se contente pas d’illustrer, il argumente. Il a été censuré dans plusieurs pays.

Blanche-Neige (1937)

C’est ici que la vieille au nez crochu devient canonique. Le dessin de la marchande de pommes — nez busqué, menton en galoche, verrue, mains noueuses, fichu — reprend la caricature physiognomonique du XIXe siècle et la fixe pour tout le XXe. Le film produit aussi la dualité devenue standard : la reine belle et la sorcière laide sont la même personne, ce qui est un ajout, le conte de Grimm ne fonctionnant pas tout à fait ainsi. Voir la sorcière dans les contes.

Le Magicien d’Oz (1939)

La peau verte de la méchante sorcière de l’Ouest n’a aucune source traditionnelle : c’est une décision de production, prise pour exploiter le Technicolor, encore récent. Le film ajoute le chapeau pointu noir à large bord, la robe noire et le rire — voir l’origine du chapeau pointu. Trois éléments nés en studio, devenus en vingt ans le costume d’Halloween standard. Le maquillage, à base de cuivre, a d’ailleurs rendu l’actrice Margaret Hamilton malade.

Ce que les sources disent. Aucune gravure ancienne ne montre de peau verte, et aucune ne montre le chapeau conique à bord large : les sorcières de Baldung Grien sont nues et décoiffées, celles de Ziarnko sont habillées en femmes de leur temps, voir l’iconographie de la sorcière. Le nez crochu, lui, a une généalogie documentée mais tardive, qui passe par la caricature du XVIIIe et du XIXe siècle, sur un fond de mépris pour la vieillesse — et la laideur de la vieille femme y est un marqueur de méchanceté, pas une description.

Aujourd’hui. Le cinéma a entrepris de défaire ce qu’il avait construit. Wicked, roman de Gregory Maguire paru en 1995, puis comédie musicale et film, raconte la sorcière verte de l’Ouest de son point de vue et en fait une victime de la rumeur ; le ressort du récit est précisément l’accusation injuste. The Witch de Robert Eggers (2015) prend l’autre chemin : il reconstitue la Nouvelle-Angleterre puritaine avec des dialogues tirés de documents d’époque, et la terreur y vient de la communauté autant que du surnaturel. Deux siècles d’imagerie accusatrice sont devenus un matériau à retourner — voir ce que le mot recouvre aujourd’hui.

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Le dossier historique sur lequel The Witch travaille : Salem 1692. Les contes dont le cinéma est parti : la sorcière dans les contes. Et l’ensemble de la rubrique contes et images.

Ce qu’on me demande souvent

Pourquoi la sorcière de cinéma a-t-elle la peau verte ?

À cause du Technicolor. La couleur de la méchante sorcière de l'Ouest, dans Le Magicien d'Oz en 1939, est une décision de production destinée à exploiter un procédé encore récent ; elle n'a aucune source traditionnelle. Le maquillage, à base de cuivre, a rendu malade l'actrice Margaret Hamilton.

Qu'est-ce que Häxan ?

Un film danois de Benjamin Christensen, sorti en 1922 : un documentaire reconstitué en sept parties, parti des gravures et des traités de démonologie, qui met en scène sabbat, interrogatoires et question préparatoire. Il défend déjà la thèse médicale — la possédée de 1500 serait l'hystérique de 1920 — et il a été censuré dans plusieurs pays.

D'où vient le nez crochu de la sorcière ?

De la caricature physiognomonique du XVIIIe et du XIXe siècle, fixée par Blanche-Neige en 1937 : nez busqué, menton en galoche, verrue, mains noueuses. Aucune gravure ancienne ne la montre ainsi — les sorcières de Baldung Grien sont nues et décoiffées, celles de Ziarnko habillées en femmes de leur temps.

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