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Le chapeau pointu : l’accessoire le plus tardif de la sorcière

Contes et images
Photo : Ivan Bilibin, Public domain

C’est le signe le plus reconnaissable du sujet, et le plus récent. Aucune accusée n’a porté de chapeau pointu, aucune minute de procès n’en mentionne, et aucune gravure du XVIe siècle n’en montre. Il arrive par le livre illustré, au XIXe siècle.

Ce que portaient les femmes jugées

Ce que portait n’importe quelle paysanne de leur région et de leur siècle : coiffe de toile, béguin, fichu noué. Les gravures de l’époque les représentent soit nues, soit habillées en femmes de leur temps — voir l’iconographie de la sorcière. Le costume n’était pas un indice : les procédures cherchaient la marque sur le corps, décrite dans le pacte et la marque, pas un signe vestimentaire.

Les hypothèses sur l’origine

Trois sont avancées, et elles se cumulent probablement. La plus solide est celle du couvre-chef démodé : le haut chapeau conique à large bord, porté par les puritains anglais et par les paysannes galloises jusqu’au XIXe siècle, a survécu en costume régional et pittoresque. L’illustrateur victorien qui cherchait une silhouette « d’autrefois » l’avait sous la main. La deuxième invoque les chapeaux d’infamie, coiffes pointues imposées aux condamnés, aux hérétiques ou aux juifs dans certaines villes médiévales : la forme porte bien une charge, même si le lien direct avec la sorcière n’est documenté nulle part. La troisième, souvent répétée, rattache le chapeau aux brasseuses de bière anglaises, qui l’auraient porté pour être repérées au marché ; c’est une hypothèse récente, répandue sur les réseaux, et elle ne repose sur aucune source d’époque.

La fixation

Elle se fait par l’illustration pour enfants, entre les années 1840 et 1900, puis par la carte postale d’Halloween américaine autour de 1900-1920, qui en fait un uniforme. Le cinéma achève le travail en 1939, voir la sorcière au cinéma. En trois générations, un couvre-chef régional démodé est devenu le pictogramme universel d’un crime du XVIe siècle.

Ce que les sources disent. Les historiens du costume sont prudents : il n’existe pas de document établissant une origine unique, et la plupart des explications circulant en ligne sont des reconstructions postérieures. Ce qui est établi, en revanche, c’est la chronologie : absent des sources du XVe au XVIIe siècle, présent et stabilisé dans l’illustration à partir du milieu du XIXe. C’est le même parcours que pour le chiffre de neuf millions de victimes : une invention tardive devenue évidence par répétition, voir la chronologie des chasses.

Aujourd’hui. Le chapeau est devenu un article saisonnier, produit par millions chaque octobre, et un emblème revendiqué : on le retrouve sur les pancartes de manifestation et dans l’esthétique des réseaux, traitée dans WitchTok. Le chapeau ne vaut pas un souvenir de 1600, et il n’y a rien à lui reprocher tant qu’on sait ce qu’on porte : un accessoire victorien, pas un souvenir de 1600. Ce qui vient réellement de 1600, ce sont des noms, des dossiers et des sentences, et c’est moins vendeur.

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Les autres traits de la silhouette : la sorcière au cinéma. L’accessoire ancien, lui : le vol des sorcières. Et les contes : la sorcière dans les contes.

Ce qu’on me demande souvent

Les sorcières portaient-elles un chapeau pointu ?

Non. Aucune minute de procès n'en mentionne et aucune gravure du XVIe siècle n'en montre. Les femmes jugées portaient ce que portaient les paysannes de leur région : coiffe de toile, béguin, fichu noué. Le chapeau pointu apparaît dans l'illustration pour enfants au milieu du XIXe siècle, trois siècles après les grandes chasses.

D'où vient alors le chapeau pointu ?

L'hypothèse la plus solide est celle du couvre-chef démodé : le haut chapeau conique à large bord, porté par les puritains anglais et les paysannes galloises jusqu'au XIXe siècle, survivait en costume régional pittoresque et était donc sous la main des illustrateurs victoriens. Les chapeaux d'infamie médiévaux ont pu y contribuer.

Le chapeau vient-il des brasseuses de bière ?

C'est une explication très répandue en ligne et elle ne repose sur aucune source d'époque. L'idée que les brasseuses anglaises portaient ce chapeau pour être repérées au marché est une reconstruction récente. Ce qui est établi, c'est la chronologie : absent des sources anciennes, stabilisé dans l'illustration à partir du milieu du XIXe siècle.

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