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« Sorcières » de Mona Chollet : ce que le livre dit, et ce qu’il ne dit pas

La sorcière aujourd'hui
Photo : Stylegar, CC BY-SA 4.0

C’est le livre par lequel la plupart des lecteurs francophones sont entrés dans ce sujet depuis 2018, et il est très régulièrement mal cité — généralement par des gens qui ne l’ont pas lu et qui lui prêtent des chiffres qu’il ne donne pas.

Ce que le livre avance

Sorcières. La puissance invaincue des femmes, de la journaliste suisse Mona Chollet, paraît en 2018 chez La Découverte. Son propos est explicite : la chasse aux sorcières a visé des figures de femmes que leur société jugeait encombrantes, et ces figures sont encore pénalisées aujourd’hui. Le livre s’organise autour de quatre : la femme seule, la femme sans enfant, la femme âgée, et la femme qui prétend savoir — notamment dans le domaine du soin et du corps. Chaque chapitre va et vient entre le XVIe siècle et le présent.

Ce qu’il ne prétend pas faire

Ce n’est pas un livre d’histoire, et l’autrice ne le présente pas comme tel : c’est un essai, construit sur une bibliographie d’historiens et d’essayistes, et assumant son parti pris. La distinction compte, parce que ses lecteurs la perdent souvent en route. On lui attribue les neuf millions de victimes, qu’il ne donne pas — ce chiffre vient d’une extrapolation de 1784, voir la chronologie des chasses. On lui attribue aussi la thèse de la sage-femme, qu’il mobilise avec plus de prudence que ses relais, et dont l’examen est dans la thèse de la sage-femme.

Sa filiation

Elle est revendiquée et elle est double. D’un côté Jules Michelet, qui a inventé en 1862 la sorcière comme figure de révolte populaire, voir ce que le mot recouvre aujourd’hui. De l’autre le féminisme américain des années 1970 et 1990, en particulier Starhawk, et la critique écologiste de la modernité. Chollet cite aussi Caliban et la sorcière de Silvia Federici (2004), qui rattache les chasses à l’accumulation capitaliste primitive — une thèse plus discutée chez les historiens, notamment parce que la chronologie des chasses ne suit pas celle des enclosures.

Ce que les sources disent. Le cœur historique du livre est solide sur un point précis, et c’est le plus important : le profil des accusées. Les dépouillements d’archives confirment la surreprésentation des femmes âgées, veuves, sans enfant survivant, isolées, pauvres — exactement les quatre figures du livre. Là où les historiens divergent, c’est sur la causalité : la chasse comme entreprise consciente contre les femmes, ou comme mécanisme judiciaire et social dont les femmes sont les premières victimes sans en être la cible déclarée. Les 20 à 25 % d’hommes accusés, et les régions où ils sont majoritaires — Islande, Estonie, Finlande —, sont le principal argument de la seconde lecture. Le débat est ouvert et il est réel ; il ne se tranche pas en se citant mutuellement.

Aujourd’hui. Le livre s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et a été traduit dans une vingtaine de langues ; il a largement contribué à faire du mot un emblème revendiqué, visible dans les manifestations et sur les réseaux, voir WitchTok. Comme manuel d’histoire, le livre ne vaut pas sa propre bibliographie ; comme essai, il tient — et il n’a jamais prétendu être le premier. Le lire pour ce qu’il est — une réflexion sur le présent qui se sert du passé — évite les trois quarts des disputes qu’il provoque.

À lire ensuite

Le profil réel des accusées : le déroulement d’un procès. La pratique contemporaine et sa date : la naissance de la wicca. Et les gestes de réparation : les réhabilitations.

Ce qu’on me demande souvent

De quoi parle Sorcières de Mona Chollet ?

De quatre figures de femmes que leur société jugeait encombrantes et qui le sont encore : la femme seule, la femme sans enfant, la femme âgée, et celle qui prétend savoir, notamment sur le corps et le soin. Paru en 2018 chez La Découverte, le livre va et vient entre le XVIe siècle et le présent.

Est-ce un livre d'histoire ?

Non, et l'autrice ne le présente pas comme tel : c'est un essai construit sur une bibliographie d'historiens et d'essayistes, avec un parti pris assumé. On lui attribue souvent des chiffres qu'il ne donne pas, dont les neuf millions de victimes, qui proviennent en réalité d'une extrapolation de 1784.

Son analyse est-elle validée par les historiens ?

Sur le profil des accusées, oui : les dépouillements confirment la surreprésentation des femmes âgées, veuves, isolées et pauvres. Le débat porte sur la causalité — entreprise consciente contre les femmes, ou mécanisme judiciaire dont elles sont les premières victimes. Les 20 à 25 % d'hommes accusés nourrissent la seconde lecture.

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