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Le vol des sorcières : du canon Episcopi au balai

Sabbat et croyances
Photo : Joseph Heintz the Younger, Public domain

Il y a un verrou dans ce dossier, et c’est le plus intéressant : pendant cinq siècles, la position officielle de l’Église était que le vol nocturne des sorcières n’existait pas. Toute l’histoire des chasses commence par le forçage de ce verrou.

Le canon Episcopi

Le texte apparaît au début du Xe siècle chez Réginon de Prüm, puis dans la collection de Burchard de Worms, et il entre dans le droit canonique au XIIe siècle via le Décret de Gratien. Son contenu est net : certaines femmes, abusées par le diable, croient chevaucher la nuit à la suite de Diane ; elles se trompent, c’est une illusion, et les prêtres doivent l’enseigner au peuple. La faute punissable n’est pas le vol, c’est la crédulité.

Pour un juge du XVe siècle, ce texte est un obstacle majeur : comment condamner quelqu’un pour un acte dont le droit canonique affirme qu’il n’a pas lieu ?

Le contournement

La solution est une distinction. Les démonologues admettent que le canon Episcopi décrit bien une illusion — mais celle des femmes de l’ancien temps, qui suivaient Diane. Ce dont il s’agit maintenant, expliquent-ils, est une secte nouvelle, réellement constituée, dont le transport est réel parce que le diable y porte les corps. Le texte est ainsi conservé et neutralisé. C’est précisément ce que fait la première partie du manuel décrit dans le Malleus Maleficarum, qui pose en outre que nier l’existence de ces sorcières est en soi une hérésie. Le verrou devient une arme.

Le balai

L’objet est ancien dans l’imagerie, plus que le chapeau. La première représentation connue de sorcières volant sur des balais figure dans un manuscrit du Champion des dames de Martin Le Franc, vers 1451 ; les gravures du début du XVIe siècle montrent aussi bien des fourches, des bâtons et des montures animales — le bouc chez Dürer. Deux explications se complètent : le balai est un ustensile domestique et féminin, ce qui en fait un signe commode ; et le bâton enduit d’onguent apparaît dans plusieurs aveux, point traité dans l’onguent des sorcières.

Ce que les sources disent. Le vol n’est pas un détail pittoresque : c’est l’élément qui rend le sabbat praticable, puisqu’il explique comment une femme vue chez elle toute la nuit a pu se trouver ailleurs. Il annule donc l’alibi, exactement comme le témoignage spectral à Salem. Les juges s’en servaient ainsi, et quelques-uns s’en inquiétaient : plusieurs auteurs du XVIe siècle, dont Johann Weyer, reviennent au canon Episcopi pour soutenir que ces transports sont des illusions, ce qui leur valut d’être soupçonnés de complaisance.

Aujourd’hui. Le balai est devenu le signe graphique le plus reconnaissable du sujet, au point de servir de pictogramme. Il a sa fête — la nuit de Walpurgis, dans le Harz allemand, autour du Brocken, attire chaque 30 avril des dizaines de milliers de personnes costumées —, son sport fictif, et son rayon de magasin en octobre. Du verrou canonique du Xe siècle, il ne reste rien dans l’imagerie : seul l’accessoire a survécu, et c’est souvent ce qui arrive.

À lire ensuite

Ce que le vol permettait de juger : l’origine du sabbat. La preuve qu’on cherchait sur le corps : le pacte et la marque. La chronologie générale : les dates des chasses. Et les images qui en sont sorties : contes et images.

Ce qu’on me demande souvent

Que disait le canon Episcopi ?

Que les femmes qui croient chevaucher la nuit à la suite de Diane sont abusées par le diable et se trompent : le vol est une illusion, et les prêtres doivent l'enseigner. Le texte apparaît au début du Xe siècle et entre dans le droit canonique au XIIe. La faute punissable y est la crédulité, pas le vol.

Comment les juges ont-ils contourné ce texte ?

Par une distinction : le canon décrivait bien une illusion, mais celle des femmes de l'ancien temps qui suivaient Diane ; ce dont il s'agissait désormais était une secte nouvelle, réelle, dont le diable portait les corps. Le Malleus Maleficarum ajoute que nier l'existence de ces sorcières est en soi une hérésie.

Depuis quand les sorcières volent-elles sur un balai ?

La première représentation connue figure dans un manuscrit du Champion des dames de Martin Le Franc, vers 1451. Les gravures du début du XVIe siècle montrent aussi des fourches, des bâtons et des montures animales, le bouc notamment. Le balai devait beaucoup à son statut d'ustensile domestique et féminin.

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