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Contes et images

Le chapeau, le balai, le nez crochu : à quelle date chaque trait apparaît, et chez qui.

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Contes et images
Photo : Ivan Bilibin, Public domain

La silhouette que tout le monde reconnaît — vieille femme, nez crochu, chapeau pointu, balai, chaudron, chat noir — n'a presque rien à voir avec les femmes jugées. C'est un assemblage, constitué sur quatre siècles, par des graveurs, des illustrateurs, des éditeurs de contes puis des studios de cinéma. Chaque pièce a une date, et c'est ce qui rend l'exercice amusant.

La gravure, avant le conte

L'image précède largement les contes imprimés. Hans Baldung Grien fixe une grande partie du répertoire dès les années 1510 : femmes nues, chevelures soulevées, vapeurs, boucs, chaudron. Dürer avait gravé avant lui une sorcière à cheval sur un bouc, à l'envers. Ces images circulent en Europe par les feuilles volantes, et elles illustrent les traités — autrement dit, les juges et les accusés les ont vues. C'est un cas où l'imagerie a nourri la procédure, et pas seulement l'inverse : le sabbat qu'elles représentent est celui décrit dans sabbat et croyances.

Deux siècles plus tard, Goya fait autre chose : ses sorcières des Caprices et des peintures noires sont une satire de la superstition et de l'Inquisition, à un moment où les procès viennent de s'arrêter. L'image a changé de fonction avant que le mot ne change de camp.

Le chapeau, le balai, le nez

Le chapeau pointu est le plus tardif : il n'apparaît dans l'iconographie qu'au XIXe siècle, à partir des couvre-chefs gallois et puritains démodés, et se fixe avec l'illustration pour enfants. Aucune accusée n'en a porté. Le balai, lui, est ancien : il figure dès le XVe siècle, dans un manuscrit de Martin Le Franc de 1451, et il doit beaucoup au fait que l'objet était un ustensile domestique et féminin. Le nez crochu et le menton en galoche viennent de la caricature physiognomonique du XVIIIe et du XIXe siècle, sur un fond de mépris pour la vieillesse — et la question des accusées âgées est traitée dans procès et chasses.

Les contes

Les recueils de Perrault (1697) puis des frères Grimm (1812) interviennent après les procès, pas pendant. Leurs sorcières sont des figures de récit : la mangeuse d'enfants de Hansel et Gretel, la marraine maléfique, la vieille de la forêt. Elles n'ont pas de pacte, pas de sabbat, pas de juge — tout l'appareil judiciaire a disparu, et c'est précisément ce qui a permis au personnage de survivre. Les dossiers réels sont dans les grandes affaires.

Le cinéma

Il fixe définitivement la silhouette. Blanche-Neige en 1937 donne le modèle de la vieille au nez crochu ; Le Magicien d'Oz en 1939 ajoute la peau verte, qui ne vient d'aucune tradition mais du Technicolor. Comme source sur les procès, cette imagerie ne vaut pas une minute de procédure. Comme document sur son époque, elle vaut beaucoup : elle raconte très bien ce que chaque époque trouvait inquiétant chez une femme. Ce que la figure devient quand on la retourne se lit dans la sorcière aujourd'hui.

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Les images, questions de départ

D'où vient le chapeau pointu de la sorcière ?

De l'illustration du XIXe siècle, pas des procès. Il s'inspire de couvre-chefs gallois et puritains devenus démodés, et se fixe avec les livres pour enfants. Aucune accusée n'en a porté, et il n'apparaît dans aucune gravure du XVIe siècle, où les sorcières sont au contraire représentées nues et échevelées.

Depuis quand les sorcières volent-elles sur un balai ?

Depuis le XVe siècle : l'une des premières représentations figure dans un manuscrit de Martin Le Franc daté de 1451. L'objet devait beaucoup à son statut d'ustensile domestique et féminin. Les gravures du début du XVIe siècle, chez Dürer et Baldung Grien, montrent aussi des montures animales, le bouc notamment.

Pourquoi les sorcières de cinéma ont-elles la peau verte ?

À cause du Technicolor. Le Magicien d'Oz, en 1939, cherchait un effet spectaculaire en couleur, et la teinte n'a aucune source traditionnelle. Deux ans plus tôt, Blanche-Neige avait fixé le modèle de la vieille au nez crochu. Ce sont ces deux films, plus que les contes, qui ont figé la silhouette actuelle.