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L’édit de 1682 : comment la France a arrêté les procès de sorcellerie

Procès et chasses
Photo : Wellcome Collection, CC BY 4.0

La fin des procès de sorcellerie en France n’est pas un geste de lumières, et l’édit de juillet 1682 ne déclare nulle part que la sorcellerie n’existe pas. Il fait quelque chose de plus efficace : il déplace l’infraction. Et il arrive à un moment qui n’est pas un hasard.

Ce que l’édit punit

Le texte, enregistré en juillet 1682, visait les « devins, magiciens et enchanteurs » et traitait l’affaire comme une imposture doublée de sacrilège et d’empoisonnement. Prétendre deviner ou guérir par la magie devenait un délit d’escroquerie ; profaner des objets du culte, un sacrilège lourdement puni ; fabriquer ou vendre des poisons, un crime distinct. Le pacte avec le diable, lui, sortait du champ. Or le pacte était l’objet même du procès de sorcellerie, comme l’explique le pacte diabolique. Sans pacte, plus de crime à prouver par l’aveu : la machine décrite dans le déroulement d’un procès perd son moteur.

Pourquoi 1682

Parce que la cour sortait de l’affaire des poisons, qui venait de montrer où menaient ces dossiers : un réseau de devineresses parisiennes, une clientèle de cour, des noms remontant jusqu’à l’entourage immédiat du roi. La Chambre ardente avait siégé de 1679 à 1682, et Louis XIV avait fait brûler une partie des pièces. Voir l’affaire des poisons. L’édit règle le problème dans les deux sens : il permet de poursuivre les charlatans sans ouvrir de procès en sorcellerie.

Le travail des parlements, avant l’édit

L’essentiel était déjà fait. Le parlement de Paris, qui jugeait en appel pour un bon tiers du royaume, cassait des condamnations provinciales depuis le début du siècle et avait imposé en 1624 l’appel automatique de toute sentence capitale pour sorcellerie. Les conséquences sont mesurables : dans son ressort, les condamnations à mort deviennent rares bien avant 1682, tandis qu’elles continuent plus longtemps dans les ressorts périphériques et les terres d’Empire voisines. C’est la même règle que partout ailleurs en Europe : l’appel tue la chasse.

Ce que les sources disent. L’édit n’a pas tout arrêté net. Des procédures pour « prétendue magie » se poursuivent au XVIIIe siècle, avec des peines de galères, de bannissement ou d’amende. Hors du royaume, les exécutions continuent : Anna Göldi est décapitée à Glaris en 1782, cent ans après l’édit, et elle est généralement présentée comme la dernière condamnée à mort pour sorcellerie en Europe. En Grande-Bretagne, le Witchcraft Act de 1735 fait le même mouvement que l’édit français : il punit celui qui prétend pratiquer la sorcellerie — un texte qui aura une postérité inattendue, voir la naissance de la wicca.

Aujourd’hui. Le dispositif de 1682 a laissé une trace dans le droit français actuel : ce n’est pas la voyance qui est punissable, c’est l’abus de confiance et l’escroquerie, et plus récemment l’abus de faiblesse. La logique est identique à trois siècles de distance — on ne juge pas une croyance, on juge une tromperie et un préjudice. C’est, à ma connaissance, le seul héritage intact de ce dossier.

À lire ensuite

La chronologie complète est dans les dates des chasses. Les réparations tardives sont traitées dans les réhabilitations, et l’ensemble du dossier judiciaire dans procès et chasses.

Ce qu’on me demande souvent

Que dit l'édit de 1682 ?

Il traite la sorcellerie comme une « prétendue magie » : il punit l'imposture de ceux qui prétendent deviner ou guérir par magie, le sacrilège et l'empoisonnement, mais plus le pacte avec le diable. Comme le pacte était l'objet même du procès de sorcellerie, l'édit ôte à ces procédures leur crime à prouver.

L'édit a-t-il mis fin aux procès immédiatement ?

Non. Des procédures pour prétendue magie se poursuivent au XVIIIe siècle, avec des peines de galères, de bannissement ou d'amende. Et hors du royaume les exécutions continuent : Anna Göldi est décapitée à Glaris en 1782, un siècle après l'édit. L'essentiel du reflux français était par ailleurs déjà acquis grâce aux parlements.

Quel rôle ont joué les parlements ?

Un rôle décisif, et antérieur à l'édit. Le parlement de Paris cassait des condamnations provinciales dès le début du XVIIe siècle et a imposé en 1624 l'appel automatique de toute sentence capitale pour sorcellerie. Dans son ressort, les condamnations à mort deviennent rares bien avant 1682.

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