L’affaire des poisons et La Voisin : le dossier que le roi a fait brûler
Ce n’est pas une affaire de sorcellerie, et c’est pour cela qu’elle est précieuse : les poisons étaient réels, les clientes identifiées, les comptes tenus. On y voit fonctionner, à Paris, sous Louis XIV, un marché de la magie que les procès de village ne laissent jamais voir aussi nettement.
Le point de départ
En 1676, la marquise de Brinvilliers est exécutée pour avoir empoisonné son père et ses frères. L’enquête, confiée au lieutenant de police Nicolas de La Reynie, remonte un réseau de fournisseurs. On y trouve des devineresses qui vendent, dans le même commerce, l’horoscope, le philtre d’amour, l’avortement, la poudre de succession — un euphémisme pour le poison — et la messe noire sur commande.
La Voisin
Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, dite La Voisin, tient la maison la plus fréquentée, rue Beauregard. Sa clientèle comprend des domestiques, des bourgeoises, et des noms de la cour. Elle est arrêtée en mars 1679 et brûlée en place de Grève le 22 février 1680, après avoir refusé jusqu’au bout d’avouer ce qu’on voulait lui faire dire sur les plus hauts personnages. Sa fille, Marie-Marguerite, parle davantage, et ce sont ses déclarations qui mettent en cause la marquise de Montespan, favorite du roi.
La Chambre ardente
Louis XIV installe en avril 1679 une juridiction d’exception, qui siège à l’Arsenal : la Chambre ardente. Son bilan, sur trois ans, est de 34 condamnations à mort, plusieurs centaines d’interrogatoires, des galères, des bannissements. Elle est suspendue une première fois en 1680 quand les dépositions atteignent Montespan, reprise, puis définitivement close en 1682. Le roi fait brûler une partie des pièces et ordonne l’enfermement à vie, sans jugement, de prisonniers devenus trop bavards. La même année, il signe l’édit traité dans la fin des procès.
Ce que les sources disent. Les notes personnelles de La Reynie, conservées, sont la base du dossier, avec les minutes de la Chambre ardente. Deux niveaux doivent être distingués. Les empoisonnements sont établis : produits identifiés, achats retracés, décès documentés. Les messes noires, en revanche, reposent sur des dépositions obtenues en détention, parfois sous la question, et les historiens sont partagés sur leur réalité — certaines ont probablement eu lieu, avec un prêtre complice nommé Guibourg, mais les détails les plus atroces, notamment les sacrifices d’enfants, viennent d’aveux non corroborés. La prudence s’impose, et elle vaut dans les deux sens : ce dossier a été autant exagéré qu’étouffé.
Aujourd’hui. L’affaire alimente un genre à elle seule — romans, séries, visites guidées du Paris des poisons. Elle sert aussi d’argument commode : on y voit la preuve que la sorcellerie « existait vraiment ». C’est confondre deux choses. Un commerce de poudres, de philtres et d’escroqueries a bel et bien existé, à Paris comme ailleurs ; c’est précisément ce que l’édit de 1682 a décidé de poursuivre, en laissant tomber le pacte diabolique. Ce commerce n’a rien à voir avec la vieille femme de village jugée pour une vache morte, dont le profil est décrit dans procès et chasses.
À lire ensuite
Un autre dossier où le politique mène la procédure : les possédées de Loudun. Les substances réellement en circulation : l’onguent des sorcières. Et les livres que ces devineresses utilisaient : l’histoire des grimoires.
Des étés passés à lire des minutes de procès aux archives départementales, par curiosité d’abord, puis par entêtement.
Ce qu’on me demande souvent
Qui était La Voisin ?
Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, devineresse parisienne installée rue Beauregard, qui vendait horoscopes, philtres, avortements, poisons et messes noires à une clientèle allant des domestiques à la cour. Arrêtée en mars 1679, elle a été brûlée en place de Grève le 22 février 1680 sans avoir mis en cause les plus hauts personnages.
Qu'était la Chambre ardente ?
Une juridiction d'exception installée par Louis XIV en avril 1679, siégeant à l'Arsenal pour juger l'affaire des poisons. Elle a prononcé 34 condamnations à mort en trois ans, avant d'être définitivement close en 1682 quand les dépositions ont atteint la marquise de Montespan. Le roi a fait brûler une partie des pièces.
Les messes noires de l'affaire ont-elles vraiment eu lieu ?
En partie, probablement, avec un prêtre complice nommé Guibourg. Mais les dépositions ont été obtenues en détention, parfois sous la question, et les détails les plus atroces — notamment les sacrifices d'enfants — ne sont pas corroborés. Les empoisonnements, eux, sont établis : produits identifiés, achats retracés, décès documentés.
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