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Les possédées de Loudun et le bûcher d’Urbain Grandier

Grandes affaires
Photo : Wikimedia Commons, Public domain

Loudun est le dossier où l’on voit le mieux ce qu’un procès de sorcellerie pouvait servir. Tous les éléments sont là : des symptômes réels, des exorcismes publics, un accusé en situation de conflit, une autorité qui a intérêt à sa chute, et une ville entière prise dedans.

Les faits

À l’automne 1632, au couvent des ursulines de Loudun, en Poitou, des religieuses présentent des crises : convulsions, contorsions, propos obscènes, voix changées. La supérieure, Jeanne des Anges, est la plus atteinte. Les exorcistes concluent à une possession et désignent l’auteur du maléfice : Urbain Grandier, curé de Saint-Pierre-du-Marché.

Grandier était un homme encombrant. Brillant, arrogant, il avait des liaisons avérées, un procès pour paternité, et surtout deux inimitiés lourdes : les notables de la ville, et Richelieu, dont il avait contesté la démolition des fortifications de Loudun et contre qui on lui attribuait un libelle.

Le procès

Les exorcismes se tiennent en public, dans l’église, devant des foules venues de loin. Les possédées accusent, nomment, décrivent le pacte. Une pièce est produite : un prétendu contrat signé du diable et de Grandier, en latin rétrograde. Richelieu fait dessaisir la justice ordinaire et nomme une commission spéciale présidée par Jean de Laubardemont, son homme. Grandier est soumis à la question — on lui cherche la marque, voir le pacte et la marque — et il n’avoue pas. Il est brûlé vif le 18 août 1634.

Ce que les sources disent. Le dossier est abondant : procès-verbaux d’exorcisme, correspondances, factums imprimés, témoignages de médecins. Plusieurs médecins appelés sur place ont refusé de conclure à la possession, et des contemporains ont dénoncé la manœuvre, dont le médecin Marc Duncan. Les crises elles-mêmes ne sont pas contestées comme phénomène : les descriptions correspondent à ce que la clinique a longtemps appelé hystérie de conversion, en contexte de contagion collective et de huis clos conventuel. Après la mort de Grandier, les possessions se prolongent plusieurs années, puis Jeanne des Anges entame une carrière publique de mystique, avec stigmates et tournée dévote, et meurt en 1665 en odeur de sainteté. Le procès, lui, n’a jamais été révisé.

Aujourd’hui. Loudun est devenu un classique de la réflexion sur le pouvoir : Michel de Certeau en a tiré en 1970 La Possession de Loudun, livre de référence, et Aldous Huxley avant lui Les Diables de Loudun (1952), porté au cinéma par Ken Russell en 1971. La ville assume le dossier et le fait visiter. Comme porte d’entrée dans ces procès, aucun autre dossier ne vaut Loudun : on y voit tout — la souffrance réelle des religieuses, le calcul politique, et un homme qui meurt sans avoir cédé.

À lire ensuite

La procédure qu’on lui a appliquée : le déroulement d’un procès. Un dossier contemporain où la cour est en cause : l’affaire des poisons. Et comment ces récits sont devenus des images : contes et images.

Ce qu’on me demande souvent

Que s'est-il passé à Loudun ?

À l'automne 1632, des ursulines du couvent de Loudun présentent des crises de convulsions et de propos obscènes. Les exorcistes concluent à une possession et accusent le curé Urbain Grandier de l'avoir provoquée. Après des exorcismes publics et une commission spéciale nommée par Richelieu, Grandier est brûlé vif le 18 août 1634 sans avoir avoué.

Pourquoi Richelieu voulait-il la mort de Grandier ?

Grandier avait contesté la démolition des fortifications de Loudun, décidée par le cardinal, et on lui attribuait un libelle contre lui. Il était en outre en conflit avec les notables de la ville et avait des liaisons avérées. Richelieu a fait dessaisir la justice ordinaire au profit d'une commission présidée par son homme, Laubardemont.

Les crises des religieuses étaient-elles simulées ?

Pas entièrement. Les descriptions correspondent à ce que la clinique a longtemps appelé hystérie de conversion, en contexte de contagion collective et de huis clos conventuel. Plusieurs médecins appelés sur place ont refusé de conclure à la possession. Les crises se sont prolongées plusieurs années après la mort de Grandier.

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