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WitchTok et la sorcellerie sur les réseaux : ce qui s’y échange

La sorcière aujourd'hui
Photo : Stylegar, CC BY-SA 4.0

Le mot-clé WitchTok agrège sur TikTok les contenus de sorcellerie, et il cumule des dizaines de milliards de vues depuis 2020. C’est, en volume, le principal lieu d’exposition au mot aujourd’hui — très loin devant les livres d’histoire. Autant regarder ce qu’on y trouve.

Ce qu’on y trouve

Quatre familles se distinguent nettement. Du néopaganisme pratiquant, qui parle de la roue de l’année, des correspondances, des divinités — vocabulaire directement issu de la wicca, voir la naissance de la wicca. De l’esthétique : décoration, autel, vêtement, bougies, mise en scène dont les codes viennent du cinéma plutôt que des sources, voir la sorcière au cinéma. De la divination : tarot, pendule, runes, dont les systèmes actuels datent pour l’essentiel du XIXe et du XXe siècle. Et du commerce : cristaux, bougies, kits, lectures payantes, abonnements.

D’où vient le vocabulaire

Presque intégralement de la wicca des années 1950-1980, parfois sans que les intéressés le sachent. Book of Shadows, sabbats, esbats, cleansing, correspondances planétaires : ce sont les termes de Gardner et de ses successeurs, dont les sources sont elles-mêmes les grimoires savants traités dans l’histoire des grimoires. Rien de cela ne figure dans les procès. Les accusées de 1600 n’avaient ni livre, ni autel, ni roue de l’année.

Le modèle économique

Il mérite d’être nommé, parce qu’il explique une partie des contenus. L’algorithme favorise les formats courts à forte promesse, et la promesse la plus efficace est le résultat : un sort qui marche, une protection, un retour. Cela pousse vers des contenus que la plupart des praticiens plus anciens évitaient, et cela crée une offre payante — lectures, désenvoûtements, kits. La vente de cristaux, qui pose par ailleurs des questions d’extraction et de traçabilité documentées par plusieurs enquêtes de presse, s’est largement structurée là.

Ce que les sources disent. Les enquêtes disponibles sur ce public donnent une image moins exotique que les vidéos : population très jeune, majoritairement féminine, souvent en recherche d’un cadre de sens hors des institutions religieuses, et une proportion non négligeable de pratiques purement esthétiques ou ludiques. L’intérêt se mesure aussi en librairie — les ventes d’ouvrages de divination et de spiritualités alternatives ont fortement progressé en France sur la dernière décennie. Ce que personne ne peut sérieusement affirmer, c’est un nombre de « pratiquants » : entre le compte qui filme son autel et la personne qui a une pratique suivie, aucune enquête ne fait le tri.

Aujourd’hui. Sur ce que tout cela vaut, je m’en tiens aux dates et aux sources. Ce n’est pas mon rayon, et le dossier historique ne tranche pas une question de croyance. Ce que je peux faire, c’est donner les dates et les sources — la wicca en 1954, le tarot divinatoire au XIXe siècle, le chapeau au XIXe aussi, voir l’origine du chapeau pointu. Il y a tout de même un point sur lequel je ne suis pas neutre : une offre payante qui promet un résultat relève du même commerce que celui des devineresses de 1680, voir l’affaire des poisons, et c’est précisément ce que la loi punit depuis — l’escroquerie et l’abus de faiblesse, jamais la croyance.

À lire ensuite

L’essai qui a nourri la vague francophone : Sorcières de Mona Chollet. Le retournement du mot : ce que le mot recouvre aujourd’hui. Et les gestes de mémoire : les réhabilitations.

Ce qu’on me demande souvent

Qu'est-ce que WitchTok ?

Le mot-clé qui agrège sur TikTok les contenus de sorcellerie, cumulant des dizaines de milliards de vues depuis 2020. On y trouve quatre familles : du néopaganisme pratiquant, de l'esthétique, de la divination — tarot, pendule, runes — et un commerce de cristaux, bougies, kits, lectures payantes et abonnements.

Le vocabulaire de WitchTok vient-il des procès ?

Non, il vient de la wicca des années 1950-1980, souvent sans que les intéressés le sachent : Book of Shadows, sabbats, esbats, correspondances planétaires sont les termes de Gardner et de ses successeurs. Les accusées de 1600 n'avaient ni livre, ni autel, ni roue de l'année : les minutes leur reprochent des formules orales et des gestes.

Combien de personnes pratiquent réellement ?

Personne ne peut l'établir sérieusement : aucune enquête ne distingue le compte qui filme son autel de la personne ayant une pratique suivie. Ce qui est mesurable, c'est l'intérêt — forte progression des ventes d'ouvrages de divination et de spiritualités alternatives en France sur la dernière décennie, et un public très jeune et majoritairement féminin.

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