Aller au texte

Les réhabilitations : Anna Göldi, l’Écosse, la Catalogne

La sorcière aujourd'hui
Photo : Stylegar, CC BY-SA 4.0

C’est la partie du dossier qui bouge en ce moment, et celle qu’on connaît le moins. Depuis une quinzaine d’années, des parlements, des cantons et des municipalités reviennent sur des condamnations prononcées il y a trois ou quatre siècles. Les formes varient, et elles méritent d’être distinguées.

Anna Göldi, 1782-2008

C’est le cas le plus net, parce qu’il est nominatif. Anna Göldi, servante au service d’un médecin et magistrat de Glaris, en Suisse, est accusée d’avoir fait avaler des épingles à un enfant de la maison. Elle est torturée, avoue, et est décapitée le 13 juin 1782. Elle est généralement présentée comme la dernière personne exécutée pour sorcellerie en Europe. Le dossier est resté tel quel jusqu’à ce que le gouvernement du canton de Glaris prononce sa réhabilitation en 2008, après une campagne menée par un journaliste local. Un musée porte son nom à Ennenda.

L’Écosse, 2022

L’Écosse a un passif lourd : son Witchcraft Act de 1563, abrogé en 1736, a servi à poursuivre plusieurs milliers de personnes, avec un taux d’exécution élevé et une pratique massive de la recherche de la marque, voir le pacte et la marque. En 2022, la première ministre Nicola Sturgeon a présenté des excuses officielles aux personnes condamnées, à l’issue d’une campagne — Witches of Scotland — qui demandait également un pardon légal et un mémorial national. Les excuses ne valent pas annulation des jugements : c’est un geste politique, et la distinction a été discutée sur place.

La Catalogne et la Navarre

En janvier 2022, le Parlement de Catalogne a adopté une résolution réhabilitant les femmes exécutées pour sorcellerie sur son territoire — plusieurs centaines selon les travaux universitaires qui ont servi de base au texte — et a demandé que des rues et des lieux portent leurs noms. Le Parlement de Navarre avait voté en 2021 une déclaration reconnaissant comme victimes les personnes poursuivies lors des procès du début du XVIIe siècle, dossier lié à celui traité dans le Labourd en 1609.

Ce que les sources disent. Trois formes juridiques distinctes sont en jeu, et elles n’ont pas la même portée. L’annulation d’une condamnation est un acte juridictionnel ou législatif : c’est ce qu’a fait le Massachusetts en 1711 puis à nouveau en 1957 et 2001 pour les derniers noms de Salem, et le canton de Glaris en 2008. Les excuses sont un acte politique sans effet sur le jugement — l’Écosse en 2022. La reconnaissance mémorielle — résolution, mémorial, dénomination de rue — n’engage que la mémoire publique. Un obstacle technique revient partout : beaucoup de dossiers ne sont pas nominatifs, les minutes ayant disparu, et l’on ne peut réhabiliter que ceux dont on a le nom. C’est la raison pour laquelle le travail d’archives précède toujours le geste politique.

Aujourd’hui. Des campagnes sont en cours en Allemagne — plusieurs dizaines de villes, dont Cologne pour Katharina Henot en 2012, ont voté des réhabilitations municipales —, en Norvège, où le mémorial de Vardø, inauguré en 2011, nomme les 91 victimes du Finnmark, et en Nouvelle-Angleterre. En France, aucun geste national n’a été engagé à ma connaissance, et l’état des fonds d’archives départementaux rendrait le travail nominatif long mais faisable. Aucune autre suite de ce dossier ne vaut celle-là. Rendre son nom et sa procédure à une femme de 1650 fait davantage pour elle que de lui prêter un savoir secret qu’elle n’avait pas, voir la thèse de la sage-femme.

À lire ensuite

La chronologie et les chiffres : les dates des chasses. La fin juridique en France : l’édit de 1682. Et ce que le mot est devenu : ce que le mot recouvre aujourd’hui.

Ce qu’on me demande souvent

Qui était Anna Göldi ?

Une servante de Glaris, en Suisse, accusée d'avoir fait avaler des épingles à un enfant de la maison où elle travaillait. Torturée, elle avoue et est décapitée le 13 juin 1782 : elle est généralement présentée comme la dernière personne exécutée pour sorcellerie en Europe. Le canton de Glaris l'a réhabilitée en 2008, et un musée porte son nom.

L'Écosse a-t-elle annulé les condamnations ?

Non : en 2022, la première ministre Nicola Sturgeon a présenté des excuses officielles, ce qui est un geste politique sans effet sur les jugements. La campagne Witches of Scotland demandait aussi un pardon légal et un mémorial national, et la distinction entre ces trois formes a été discutée sur place.

Pourquoi toutes les victimes ne sont-elles pas réhabilitées ?

Parce qu'on ne peut réhabiliter que ceux dont on a le nom, et beaucoup de dossiers ne sont pas nominatifs : les minutes ont disparu. C'est la raison pour laquelle le travail d'archives précède toujours le geste politique — le mémorial de Vardø, en Norvège, a pu nommer les 91 victimes du Finnmark parce que les sources existaient.

Dans la même section : La sorcière aujourd'hui

Toute la rubrique La sorcière aujourd'hui

À lire dans la foulée